FIN DE LA MARCHE
Ce 29 juin 2008, nous apprenons que les organisateurs* de la marche de retour vers le Tibet ont annoncé la fin de cette action afin de pouvoir se consacrer à de nouvelles activités durant le déroulement des épreuves olympiques. Ils déclarent ainsi: "La Marche de retour au Tibet est arrivée à son terme, mais la campagne
"Tibetan People’s Uprising Movement" se poursuit. Nous nous rassemblerons encore plus nombreux pour protester contre le fait que la Chine accueille les J.O. de 2008".
Ainsi, la marche s'est arrêtée à quelques 10 km de la frontière du Tibet, touchant quasiment au bout. Tous les marcheurs ont été libérés, chacun ayant pu rejoindre sa communauté.
*Les cinq ONG organisatrices:
- Tibetan Youth Congress
- Tibetan Women's Association
- Gu-Ghu-Sum Movement of Tibet
- National Democratic Party of Tibet
- Students for a free Tibet, India
REPRISE DES NÉGOCIATIONS:
Les négociations sino-tibétaines ont repris les 1er et 2 juillet, mais ni le lieu, ni le contenu de ce second round ne sont connus. Les discussions se sont déroulées à huis clos et les responsables ont refusé toute déclaration, Pékin ne devant se prononcer qu'à la fin de cette semaine. Toutefois, Liu Jinchao (porte parole du ministère des affaires étrangères chinois) a réagi aux propos de N. Sarkozy en invitant la France à ne pas lier les jeux olympiques et le problème tibétain. Le président français, s'il joue le suspens en apparence, devrait être présent à la cérémonie d'ouverture des JO selon le Canard enchaîné du mercredi 25 juin,iels qui affirme que les préparatifs du voyage présidentiels sont dors et déjà bouclés.
En outre, la Chine, si elle permet aux touristes de se rendre à nouveau au Tibet après autorisation spéciale délivrée, les journalistes, eux, sont toujours interdits de séjour dans la capitale tibétaine.
Dés lors, nous sommes en droit de nous demander ce qu'il adviendra de la gestion du problème tibétain une fois les épreuves olympiques achevées. De même, qu'en sera t-il des éventuels opposants et/ou futurs manifestants? Il est peu probable que Pékin ait une quelconque volonté de revenir sur sa position de fond, verrouillée depuis 1950.
LETTRE DE TENZIN TSUNDUE ( 13 Mai 2008)
Chers Amis,
Désormais le Tibet n'est plus très loin. En rangeant mon sac de couchage tôt ce matin avant le lever du soleil, j'ai déposé un khata blanc sur l'autel dédié à Sa Sainteté (le Dalai Lama) en me promettant de poursuivre mon chemin, quoiqu'il arrive.
Marchant en compagnie de 300 personnes, sous la chaleur, après avoir couvert une distance de 900 km à travers les états Indiens d'Himachal Pradesh, Punjab, Haryana, Delhi, et Uttar Pradesh, nous avons atteint hier la ville d'Almora, dans les montagnes de Kuamon, au nord de l'Inde dans l'état de Uttarakhand (Uttaranchal). De là le Tibet est tout proche...
La “Marche de Retour au Tibet” est partie de Dharamsala le 10 mars. Ce même jour éclatèrent des mouvements de révolte, à l'intérieur du Tibet, mais aussi en de nombreux points du globe, à l'initiative des Tibétains et des partisans du Tibet : un mouvement de protestation d'ampleur mondiale.
Tout au long du parcours, les Indiens nous ont offert un accueil chaleureux, nous soutenant dans notre démarche, et nous offrant même en certains endroits de l'eau et un abri.
Nos étapes, la plupart du temps, se tenaient dans des Ashrams, des Gurudwaras ou des écoles ; quelquefois à même le sol en bordure de route, où des municipalités mettaient à notre disposition un réservoir d'eau. Les Indiens ont pour tradition de pratiquer de longs pélerinages à travers le pays, et l'hospitalité envers les pélerins est une coutume naturelle.
La police nous a assisté pour la sécurité en nous escortant en jeeps ou à motos tout au long du périple, notamment au passage entre les différents territoires.
Vous savez sans doute que la police indienne nous a arrêtés le 13 mars, dans le District de Kangra, et nous a mis en détention pour 14 jours. Mais deux jours après, un deuxième groupe de marcheurs reprit le flambeau.
Ensuite, une fois libérés, les premiers marcheurs rejoignirent ce groupe, malgré la procédure judiciaire intentée contre nous. Fin mars, Lobsang Yeshi (un des coordinateurs de la Marche), Choeying (directeur de Students for a Free Tibet - India), et moi-même avons été contraints de passer au Tribunal de Dehra ; et nous devrons recommencer en juin.
J'ai su que certains ont pu être abusés par des medias affirmant que la Marche avait été annulée. J'ai même reçu des appels téléphoniques de gens à qui j'ai dû expliquer qu'il n'en était rien.
Craignant une rapide confrontation à la frontière, Sa Sainteté (le Dalai Lama) avait recommandé aux organisateurs d'arrêter la Marche. Mais quand nous avons vu les mouvements de protestation non-violents menés si courageusement au Tibet, et notre peuple être tant réprimé encore actuellement par les Chinois, alors notre détermination devint plus forte encore, leurs sacrifices nous inspirant tous. Dans ces conditions, nous ne pouvions plus arrêter la Marche. Alors, le 19 avril, nous avons repris notre Marche de Retour au Tibet, à partir de Delhi où nous avions marqué une pause momentanée.
Après Delhi, la traversée de l'état d'Uttar Pradesh fut rendue pénible par la forte chaleur, la sécheresse et la poussière. Parfois des camions et des autocars sur l'autoroute furent à deux doigts de nous percuter ; mais parfois aussi, certains s'arrêtèrent pour prendre des tracts du Mouvement que nous leur tendions.
Nous marchions l'un derrière l'autre, formant une longue file s'étirant comme un mille-pattes, avec un seul et long corps. Même si la tête pouvait avoir pris le virage suivant, la queue pouvait être encore en train de parcourir le tournant précédent.
Les marcheurs se réveillent à 4 heures du matin, puis c'est la toilette et le pliage des sacs de couchage, des tentes et des matelas, avant de commencer la marche vers 5 heures. Quotidiennement nous faisons environ 6 à 7 heures de marche pour couvrir de l'ordre de 20 à 25 kilomètres.
L'équipe logistique et de restauration part devant avec ses camions pour aller installer le camp suivant. Dans beaucoup d'endroits l'eau reste un luxe... Nous nous lavons en bord de route sous le robinet de containers d'eau ; parfois des groupes de moines vont prendre un bain de soleil dans un champ de blé.
C'est une belle expérience que de se mettre à l'écoute de la nature, au milieu de grands espaces, sous la clarté de la lune, muni seulement d'une bouteille d'eau.
La plupart des marcheurs sont des moines bouddhistes qui viennent de trois universités monastiques du Sud de l'Inde. Il y a aussi quelques anciens qui se sont échappés du Tibet avec Sa Sainteté le Dalai Lama en 1959 : le plus âgé a 78 ans. Le plus jeune est un garçon de 17 ans, né en Inde, il y a vécu toute son enfance sans avoir jamais connu le Tibet. Il y a aussi plusieurs jeunes mamans qui sont parties en ayant confié leur famille à leurs maris.
Notre équipe de communication s'efforce de diffuser l'information vers le monde extérieur. Elle s'occupe aussi d'organiser des discussions avec les médias locaux.
Lors des rassemblements le soir, après la prière quotidienne, le coordinateur média informe le groupe des nouvelles du jour. A maintes reprises, les Marcheurs se mettent à applaudir les opérations de soutien au Tibet qui se produisent dans divers endroits en Inde et à l'étranger.
Les manifestations contre la torche (olympique) à Londres, Paris, San Francisco, Canberra ou encore à Tokyo, provoquèrent des clameurs de satisfaction. De même, les manifestations qui se déroulent actuellement à Kathmandu reçoivent toute leur admiration car la police népalaise est d'une grande brutalité.
Maintenant nous attaquons la dernière partie de la Marche. D'Almora à la frontière il y a tout juste 200 km. Et le froid va se faire sentir au fur et à mesure de notre ascension dans la chaîne Himalayenne.
Pour ma part, je sais que retourner dans son pays alors qu'il se trouve encore sous occupation étrangère, ce n'est pas chose facile. Les militaires chinois vont évidemment garder la frontière avec des armes automatiques. La police indienne trouvera toujours une raison pour nous arrêter.
La confrontation est inévitable, mais nous ne nous arrêterons pas. Nous pourrions même camper près de la frontière pour une période assez longue ; il se peut aussi que nous soyions amenés à faire appel à des soutiens de l'étranger. Nous marchons en pleine incertitude.
La Marche de Retour au Tibet est un moyen pour nous de retrouver notre patrie, et de réclamer le respect de nos droits de vivre dans notre pays d'origine et ce en toute liberté.
Quoiqu'il arrive nous sommes profondément attachés à la non-violence ; nous ne nous vengerons pas. Il se peut que nous soyons battus, mis en prison, ou même que l'on nous tire dessus, mais nous n'abandonnerons pas.
Et pour moi, il n'y a pas d'autre projet dans ma vie que cette Marche. Pour nous tous Marcheurs, c'est l'engagement de notre vie.
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Sur la Marche il y a un certain nombre de non-Tibétains – les “support marchers” – qui marchent avec nous pendant quelques jours, ou certains depuis le tout début. Si vous êtes intéressés pour nous rejoindre, veuillez contacter les Coordinateurs : Sherab Woeser (portable : 0091 - 941 839 44 26) et Lobsang Yeshi (portable : 0091-941 093 67 42 / 975 696 91 41).
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Bod Gyalo ! (Le Tibet vaincra !)
Tenzin Tsundue, en marche vers le Tibet
Le 13 mai 2008
Almora, état d'Uttarakhand, Inde
Traduction :
Damien (Dharamsala)